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L'interprétation pour les personnes sourdes-aveugles

Symposium International
L’interprétation pour les personnes sourdes-aveugles
Développements et innovations
Leeuwenhorst (Pays-Bas)
2-6 Juin 1999

Ce symposium réunit des professionnels impliqués dans le développement de services d’interprétation pour les personnes sourdes-aveugles de 17 pays d’Europe (ce qui inclut quelques personnes sourdes-aveugles). Son but est d’essayer de mettre au point des recommandations concernant le rôle et la formation des interprètes pour personnes sourdes-aveugles. Les interventions des conférenciers sont basées sur un questionnaire qui a été diffusé dans toute l’Europe ou sur l’expérience de certains professionnels ayant une grande expérience en ce domaine.

I - Résultats de l’enquête

En introduction, Lynne HAWCROFT  (Royaume-Uni) effectue une présentation très résumée du questionnaire qui a été envoyé soit à des organisations concernées par l’interprétation soit à des associations membres de DbI. A cette date, tous les pays n’ont pas répondu. L’enquête dans son état actuel ne reprend donc que les réponses effectivement parvenues.

9 pays qui ont répondu à l’enquête indiquent qu’ils disposent de services d’interprètes pour personnes sourdes-aveugles : Belgique (Flandres), Danemark, Allemagne, Royaume-Uni, Islande, Norvège, Espagne, Suède, Pays-Bas (il faut y ajouter la Finlande bien qu’elle n’ait pas répondu à l’enquête).

D’autres professions qui comportent des aspects proches de l’interprétation sont mentionnées : assistants, intervenants, personnes de contact, guides-communicateurs, bénévoles.

Les résultats du questionnaire ont été traités par trois intervenants : Leena HASSINEN pour le rôle et la fonction des interprètes, Jacques SOURIAU pour les modalités de formation et Caroline ELLIS pour la législation.

Les réponses mentionnent trois fonctions principales : transmission du message linguistique (100 % des réponses), guidance (60%) et transmission des informations visuelles (80%). Cela soulève la question de savoir si la fonction de guide fait partie de la fonction d’interprète. Par ailleurs, l’analyse de la manière dont les personnes sourdes-aveugles utilisent un interprète est un moyen indispensable pour optimiser la formation et la qualité des interprètes.

La seconde question proposait une comparaison entre les interprètes pour sourds et pour sourds-aveugles.

Pour les premiers, seule la transmission linguistique est nécessaire. Par contre pour les seconds, les fonctions sont plus nombreuses (transmission linguistique, guidance et transmission de l’information visuelle) et elles nécessitent une plus grande proximité physique et psychologique.

La troisième interrogation portait sur la possibilité que des personnes sourdes soient interprètes pour sourds-aveugles. Les réponses montrent que les interprètes sourds ont alors un rôle relais et qu’ils interviennent notamment dans des situations sociales et pour les loisirs.

La quatrième question interrogeait sur les règles qui gèrent les services d’interprètes.

Une autre question tentait de rassembler les connaissances et les savoir–faire nécessaires aux interprètes. Ils sont nombreux : Langue des signes, langue des signes dans la main, dactylologies, écriture lettre à lettre dans la main, écriture adaptée, braille, répétition orale du discours, frappe de texte sur tellatouch ou ordinateur, français signé, Tadoma, langue des signes tactile adaptée. La question étant de savoir si toutes ces compétences doivent être acquises par les interprètes.

En guise de conclusion, Leena fait les remarques suivantes : s’il n’y a pas d’argent pour financer les interprètes, il n’y a pas de service d’interprètes et par conséquent peu d’interprètes, peu de possibilité pour ceux-ci d’améliorer leur pratique, pas de reconnaissance de la profession et de salaires adaptés et peu de motivation pour se former. À cause de tout cela, ce n’est pas dans les habitudes des personnes sourdes-aveugles de recourir à des interprètes professionnels et on aboutit à un cercle vicieux.

La fonction de guide seule n’existe pratiquement pas, on parle d’interprètes ou interprètes-guides pour sourds-aveugles.

La formation est souvent incluse dans la formation des interprètes en langue des signes, mais il existe aussi des formations spécifiques. Langue des signes, langue des signes tactile, dactylologie, interprétation du contexte, guidance, aide à la vie quotidienne, déontologie et connaissance générale de la surdi-cécité font partie de la plupart des programmes de formation.

Par contre, le braille, la frappe sur clavier et la prise de notes sont beaucoup moins présentes, ce qui pourrait signifier une moindre prise en compte des personnes qui ne pratiquent pas la langue des signes.

Dans la moitié des cas la langue des signes est un pré-requis pour commencer une formation, par contre la connaissance préalable de la Surdi-Cécité est moins souvent exigée. Il existe donc des formations qui sont accessibles à des personnes qui n’ont jamais eu de contact avec des personnes sourdes-aveugles.

Parmi les professionnels inclus dans la formation, on note majoritairement des interprètes en langue des signes et des personnes sourdes-aveugles, et dans une moindre mesure, des instructeurs en locomotion, en braille, en AVJ et des guides-interprètes professionnels. On cite aussi des travailleurs sociaux, des membres de la famille ou des médecins.

Le nombre d’heures consacrées à la formation est très variable (de 40 H à 2 ans). Certaines formations partent de zéro, tandis que d’autres constituent seulement un complément à la formation des interprètes en Langue des signes.

Il existe pratiquement partout des contrôles officiels de la formation. Les salaires sont la plupart du temps identiques à ceux des interprètes en langue des signes.

Les formations sont financées de diverses manières, soit avec des aides de l’état ou des associations, soit par les étudiants eux-mêmes.

Au cours de la discussion, il est apparu que dans certains pays, les interprètes en langue des signes sont aussi formés pour les personnes sourdes-aveugles. Dans d’autres cas, il existe des interprètes pour personnes sourdes-aveugles qui ne connaissent pas la langue des signes, mais utilisent seulement la dactylologie ou la répétition orale.

Dans plusieurs, les personnes sourdes-aveugles ont droit à des interprètes parce qu’ils sont sourds. En Norvège ce droit est accordé parce que les personnes sont sourdes-aveugles. Au Danemark, les personnes sourdes-aveugles ont droit à des personnes de contact. Dans 4 pays, les personnes sourdes-aveugles ont droit à un nombre minimum d’heures d’interprétation (de 36 H en Belgique à 500 H en Norvège). En Belgique, ils n’utilisent pas toutes leurs heures alors qu’en Norvège, elles sont utilisées parce que les services existent.

Deux modèles semblent exister : ou bien les personnes disposent d’un nombre minimum d’heures dont elles peuvent choisir l’utilisation ou bien elles ont droit à un interprète dans des situations bien précises (éducation, emploi etc.)

Au Royaume-Uni, tout service public doit fournir des aides nécessaires à l’accessibilité (ex : langue des signes). Au Canada, il y a une charte d’accès aux Droits Humains qui inclut des clauses d’anti-discrimination. Le problème est souvent de faire valoir ces droits dans la pratique.

Les problèmes de coût ont une grande influence sur la qualité des services, dans la mesure où, si les personnes sourdes-aveugles doivent payer de leur poche, elles ont plutôt recours à des bénévoles ou des membres de la famille.

Quand les droits existent, ils ne sont pas toujours connus des personnes concernées. Par contre, l’existence de droits favorise grandement l’existence de services.

Il serait donc très important d’agir auprès des pouvoirs publics (au niveau national ou européen) pour que tous les sourds-aveugles puissent avoir accès libre à l’interprétation dans les situations qui permettent l’égalité des droits et l'intégration sociale.

Ces présentations sont suivies d’une discussion qui a porté sur les points suivants :

En ce qui concerne les modes de financement, beaucoup de pays fournissent des droits d’accès sous la forme de bons donnant droit, par exemple, à un certain nombre d’heures d’interprétation ; d’autres pays apportent une aide financière destinée à compenser le handicap qui, du fait de l’absence de contrôle, est très souvent utilisée à d’autres fins. La question politique est de savoir de quelle manière les droits humains sont le mieux défendus.

La définition de la profession d’interprète a aussi été longuement débattue. Il y a consensus pour dire qu’elle inclut obligatoirement la fonction de guide et l’interprétation du contexte. Elle se différencie du rôle de compagnon (avec qui on peut bavarder et partager des impressions) ou d’assistant (chargé par exemple d’aller chercher le courrier ou de réserver une place dans le train). Elle répond à des situations formelles où la personne sourde-aveugle a besoin d’un accès complet à son environnement social et matériel, ce qui peut inclure aussi bien l’interprétation d’un exposé qu’une conversation au bar pendant laquelle le guide-interprète ne peut avoir pour fonction que de permettre l’accès aux conversations ou aux événements qui se produisent sans interventions personnelles.

Rapport d’expert

Différents intervenants font part de leur expérience dans le domaine de l’organisation de l’interprétation pour les personnes sourdes-aveugles.

Dans bien des cas, les personnes sourdes-aveugles font appel à leur guide ou à leur accompagnateur pour interpréter dans une situation formelle et non à des interprètes professionnels parce qu’ils ont le temps avec eux de préparer et négocier ces moments d’interprétation. Il y a en effet des différences entre l’interprétation pour les personnes sourdes-aveugles et pour des personnes sourdes.

Au niveau du cerveau, le stockage de l’information nouvelle commence dans le système lymbique qui joue aussi un rôle dans le traitement des émotions.

A ce niveau, les informations sont sélectionnées pour être stockées à un autre niveau. En fait, la vision et l’audition sélectionnent l’information en provenance de l’environnement sur la base de choix émotionnels et non rationnels. Pour les personnes sourdes-aveugles, il est vital donc de pouvoir travailler avec leur interprète sur ce problème du contrôle de l’environnement. Cela repose sur une connaissance réciproque. Il est possible qu’une personne sourde-aveugle préfère tel interprète pour une réunion et tel autre pour aller au théâtre.

Elle peut préférer l’utilisation de l’écrit chez le médecin pour avoir plus de temps pour réfléchir, alors que dans d’autres situations elle fait appel à un interprète en langue des signes. Une situation d’interprétation peut comporter une phase de préparation (pour se mettre d’accord sur la façon de faire) et de suivi (par exemple relecture des textes des conversations quand il y a eu utilisation d’informatique). Il est important que la personne sourde-aveugle fasse connaître ses besoins et l’interprète ses compétences et ses limites. Cela suppose une formation pour les interprètes.

Au cours de la discussion, il est indiqué qu’il y a une grande différence entre l’interprétation pour les personnes sourdes-aveugles et pour les sourds. Pour les sourds, il s’agit essentiellement de la transmission du langage ; par contre, pour les sourds-aveugles, il faut rendre compte de tous les éléments de l’environnement qui sont nécessaires à la compréhension de la situation ; de plus la relation entre la personne sourde-aveugle et l’interprète est beaucoup plus proche sur le plan affectif.

On appelle interprétation sociale, l’interprétation effectuée dans les situations suivantes : Rendez-vous médicaux, avec l’administration, les banques, les assurances, réunions syndicales et politiques, vie familiale (mariages, obsèques) et associative, loisirs, entretiens d’embauche, etc..

Au Danemark, les premières démarches concernant l’interprétation ont d’abord concerné le domaine de l’enseignement puis de l’emploi. Par contre, l’interprétation des situations sociales n’avait pas été prévue. Une partie du problème a été résolue par la mise en place de personnes de contact qui interviennent dans les conditions suivantes :

Les personnes de contact ne sont pas chargées des tâches matérielles (comme le ménage). Le nombre d’heures varie de 5 à 25 H par semaine. Souvent, la personne de contact est une personne sourde. Ceci a considérablement amélioré la qualité de vie des personnes sourdes-aveugles et les a aidé à défendre leurs droits.

Cependant, les personnes de contact qui travaillent avec des utilisateurs de langue des signes doivent être en mesure de faire le lien avec le monde de ceux qui entendent et qui voient. Il faudrait donc des interprètes pour assurer ce travail, puisque les sourds ne peuvent pas le faire. C’est pour cela que s’est mise en place la notion d’interprétation sociale. Cela est le résultat d’une campagne effectuée par les sourds-aveugles eux-mêmes auprès du parlement qui a voté un budget pour que les personnes sourdes-aveugles puissent disposer d’un certain nombre d’heures d’interprétation pour les situations sociales non liées à l’emploi ou la formation.

Actuellement, il y a une distinction entre la fonction des interprètes et celles des personnes de contact et les modalités d’attribution de ce contingent d’heures ne sont pas encore véritablement définies. Cela pose des questions qui ne sont pas encore résolues puisque que le projet en est à son début.

En 5 ans, 56 personnes sourdes-aveugles ont été identifiées en Ecosse. Un service de guides-communicateurs a été mis en place pour pallier à l’isolement de ces personnes qui sont formés un peut comme des interprètes. Les éléments de cette formation sont basés sur les réflexions présentées ci-après.

Chez les personnes sourdes-aveugles, les causes de perte d’information sont multiples : difficulté d’accéder à l’information concernant l’environnement (ex : qui est dans la pièce ? combien de femmes et d’hommes ? Quels vêtements ils portent ? etc.). Cette information comporte beaucoup d’éléments de nature émotionnelle, en particulier en ce qui concerne les possibilités de rentrer en contact avec des personnes connues ou non.

La seconde cause de la perte d’information est la difficulté de comprendre l’information reçue. Cela peut venir du manque de formation de la personnes sourde-aveugle ou du guide-communicateur. Il peut aussi y avoir un manque de connaissance des expressions ou métaphores utilisées si souvent dans la communication.

La troisième raison est la censure. En effet, les guides-communicateurs ont parfois tendance, inconsciemment, à censurer des informations (par ex : dire qu’une personne est noire ne serait pas politiquement correct, mais constitue une information nécessaire pour une personne sourde-aveugle).

Les effets de la privation d’information sont :

- Les 4 D : Désaffection, déception, désengagement et disparition. Le manque de succès dans les échanges avec le monde extérieur peut conduire la personne sourde-aveugle à se retirer progressivement de la vie sociale et à ne plus sortir de chez soi.

- Difficulté à lire les situations sociales : sans interprète, il est difficile pour une personne sourde-aveugle de savoir ce qui se passe autour d’elle et donc de participer pleinement à la vie sociale.

- Difficultés relationnelles : une personne sourde-aveugle peut être amenée à vivre des difficultés psychologiques et relationnelle qu’elle est pratiquement seule à pouvoir affronter du fait du manque de partenaire à qui parler et du manque de prise sur les événements réels.

- Stagnation dans les apprentissages : le manque d’accès à l’information est un obstacle considérable à l’acquisition de nouvelles connaissances, savoir-faire ou opinions.

- Retrait : les difficultés rencontrées peuvent conduire une personne sourde-aveugle à renoncer à la recherche de contacts et de meilleure connaissance du monde extérieur.

Ce qui peut être fait :

  1. améliorer la formation générale des guides-communicateurs.
  2. développer les compétences spécifiques : paraphrase, prise de notes, vérification de la compréhension de l’information etc.
  3. Améliorer l’organisation
  4. Reconnaître la culture sourde-aveugle.

Recommandations :

  1. Rechercher des solutions accessibles plutôt que trop générales.
  2. Ouvrir son esprit à tout ce qui peut manquer dans l’information.
  3. Apprendre à répondre à ces manques. L’interprétation ne passe pas toujours par une traduction strictement linguistique des événements, mais parfois par une procédure analogique proche du mime (par exemple, la description d’un match de foot-ball).
  4. Partager l’expérience.
  5. Sans aucune exception, permettre à la personne sourde-aveugle de participer à la formation concernant la surdi-cécité.

Pour commencer, Ole MORTENSEN présente quelques exemples de recherches. Le premier concerne la langue des signe tactile (Steven COLLINS & Karen PETRONIO : " What Happens in tactile sign language ? ", in Pinky extension and eye gaze - language use in deaf communities ", GALLAUDET University press, Washington D.C. 1998.).

Les paramètres de la langue des signes sont affectés par le passage au tactile dans les domaines suivants :

Un autre exemple est le travail de Johanna MESCH (Johanna MESCH : Dövblindas teckenspråk (Sign Language of the Deafblind), 1994 Suède.).

Cette étude décrit (sur la base d’observations) la façon de prendre les tours de parole en langue des signes tactile.

Avant la prise de parole les deux interlocuteurs ont les mains au repos au niveau des genoux.

La prise de parole consiste à lever les mains à hauteur des épaules. S’il y a une hésitation ou un temps de réflexion, on lève la main plus haut encore pour garder la parole.

Pour finir son tour de parole on redescend les mains un peu au dessous du niveau de la poitrine.

Si l’interlocuteur ne prend pas la parole, les mains redescendent au niveau des genoux.

D’une façon générale, les recherches sur la langue des signes tactile portent sur les thèmes suivants : Organisation du placement des mains, tours de parole, marquage des questions, modalités de feed-back, transformation du visuel en tactile, efficacité de la réception du message.

D’autres études ne concernent pas la langue des signes, par exemple :

Il est nécessaire de créer un concept nouveau d’interprète pour sourds-aveugles qui inclut toutes les connaissances nécessaires aux différentes situations d’interprétation (LSF, dactylologie, voix répétée, frappe …), ainsi que l’interprétation du contexte et la guidance. Par contre, un guide-interprète n’est pas, dans l’exercice de ses fonctions, un compagnon ni un assistant.

La formation des sourds-aveugles à l’utilisation des interprètes est, elle aussi, très importante.

Cette intervention est une réflexion sur le métier d’interprète pour sourds-aveugles vu par les professionnels eux-mêmes en fonction d’expériences vécues et des réactions des personnes sourdes-aveugles.

En plus des compétences théorique et pratiques acquises en formation, l’interprète doit posséder des connaissances variées qui rendront son interprétation de l’environnement attrayante.

Décrire l’environnement peut mettre l’interprète devant des difficultés telles que :

. comment séparer les informations visuelles, environnementales des informations linguistiques ?

. être neutre, laisser la personne sourde-aveugle se forger sa propre image de la situation.

. comment décrire une pièce, une personne sans y mettre ses propres valeurs, ses propres expériences, sa propre culture. " Je pense forcément à quelque chose à propos de toute chose, comment l’évacuer ? ".

Lorsque la personne sourde-aveugle demande à l’interprète son avis sur une peinture ou une personne, celui-ci doit s’efforcer de ne pas intervenir, profiter par exemple de la présence d’autres participants pour leur demander de répondre.

Il est évident que la situation d’interprétation pour sourds-aveugles dépasse l’unique traduction linguistique et la traduction d’informations visuelles. Il est nécessaire de traduire : l’ambiance, qui écoute, qui n’écoute pas …. afin de ne pas parasiter le cours de la traduction linguistique. Ces informations " d’ambiance " peuvent être codées tactilement ; ce code étant déterminé auparavant avec la personne sourde-aveugle.

Lorsque les interprètes travaillent en relais, chacun doit donner les informations visuelles qu’il pense nécessaire, car personne ne perçoit le monde de la même manière, et que toutes les informations données sont utiles afin que la personne sourde-aveugle se fasse sa propre opinion.

 Ne pas " profiter " de la pause afin de donner toutes ces informations extra-linguistique, la personne sourde-aveugle a besoin elle aussi de repos. Il est nécessaire de laisser les personnes sourdes-aveugles disposer de leur temps. La pause n’est pas non plus un moment où l’interprète donne son avis.

L’interprète ne doit pas être un censeur ; il ne doit pas juger si l’information est bonne ou mauvaise (ex. : mauvaises nouvelles chez le médecin). Il ne doit pas être un protecteur qui adoucit les interventions (en famille, lors de critiques envers la personne sourde-aveugle).

La personne sourde-aveugle et son/ou ses interprètes ne doivent pas former une équipe sans relation avec le groupe. L’interprète doit-il être un assistant, c’est-à-dire apporter le café, rendre de menus services ou bien son interprétation de la situation peut-elle suffire à la personne sourde-aveugle d’être autonome ?

Les connaissances des personnes sourdes-aveugles viennent des interprètes, de l’entourage et aussi de son environnement matériel. Un certain nombre d’aménagements peu coûteux peuvent faciliter leur autonomie.

Voici les différents éléments matériels qui doivent être pris en compte :

Tout ceci peut être réuni en un même lieu selon les besoins des personnes sourdes-aveugles.

A l’extérieur des bâtiments, il est nécessaire d’utiliser des repères afin de guider les pas des personnes sourdes-aveugles. Installer des jardins remplis de fleurs odorantes où il fera bon s’installer, se reposer ; pour y accéder, un pavement différencié.

Des informations auditives permettront de se repérer. Des plaques vibrantes pourront être installées aux feux rouges (sous le bouton d’appel) pour indiquer que le passage est libre.

Il semble qu’en de nombreuses circonstances la communication peut être améliorée pour les personnes sourdes-aveugles, sin on y inclus des messages corporels qui lui indiquent : ce qui se passe autour (en voiture), quel est le plan (de la salle, de la table), quelle est la disposition des objets devant elle. Ces informations sont données sur la main, sur la cuisse ou dans le dos de la personne sourde-aveugle.

Il est nécessaire, auparavant, de créer un code avec la personne sourde-aveugle afin qu’elle puisse indiquer ce qu’elle désire savoir, où elle désire recevoir ces informations.

Ces informations kinesthésiques permettent à la personne sourde-aveugle d’être en lien avec le monde. Elles sont rapides, faciles à comprendre et discrètes. Ainsi, si l’on a indiqué que l’interlocuteur baillait, la personne sourde-aveugle pourra lui demander s’il s’ennuie où s’il est fatigué ; elle sera active dans la communication, pas uniquement récepteur. Elle est plus indépendante, plus dans la situation. Ces codes kinesthésiques facilitent aussi le travail de l’interprète qui peut en quelques mouvements indiquer des situations sociales importantes ; le temps de signer ou de dactylologier cette même situation et souvent il est déjà trop tard.

Un exemple consiste à indiquer dès le début du repas où sont placés les objets sur la table : le verre d’eau, le verre de vin, le verre de champagne sont représentés par 3 emplacements différents dans le dos (Ÿ ----Ÿ ----Ÿ ). Lorsqu’à la fin du repas l’hôte portera un toast, la personne sourde-aveugle, par une simple indication tactile sur le 3ème emplacement, pourra elle aussi lever son verre.

Le point important souligné par Ritta LAHTINEN est que le contexte matériel et émotionnel peut être transmis à la personne sourde-aveugle en utilisant des moyens analogiques et non linguistiques.

La première question que se pose une personne sourde-aveugle est " y a-t-il quelqu’un ici ? ".

Sarah s’occupe d’un projet concernant les personnes âgées. Elle rappelle que quand les sourds ne peuvent recourir qu’à des amis pour l’interprétation, ils n’avaient ni confidentialité, ni droit de se plaindre. C’est souvent la situation actuelle des personnes âgées devenues sourdes-aveugles.

Un autre problème est le manque d’information. En lecture normale, on peut traiter 2000 mots/minute. Quand on écoute une personne qui parle, on peut saisir 400 mots/minute. La vitesse de perception de la dactylologie peut atteindre 40 mots/minute, mais se situe souvent autour de 15 mots/minute.

Cela ne tient pas compte des nécessités de répétitions ou de difficultés avec le toucher.

Autres problèmes rencontrés par les personnes âgées : il y a de moins en moins d’amis. Ceux-ci sont morts ou se déplacent peu. De plus, beaucoup des membres de la famille proche disparaissent, et en particulier ceux avec lesquels elles avaient des habitudes de communication. Enfin, elles ont de la difficulté à changer et à apprendre de nouvelles choses. En fait, les occasions de communication diminuent.

Le mot " sourd-aveugle " n’est pas accepté, de même que le mot handicapé. Parfois, l’un des handicaps est maîtrisé, mais pas l’autre. Il peut aussi y avoir une difficulté à faire la démarche de demander une aide. Les personnes âgées réduisent leurs ambitions, nient plus ou moins leurs difficultés et ne veulent pas gêner.

Il est important que les personnes âgées devenant sourdes-aveugles puissent rencontrer d’autres personnes comme elles avec le soutien d’interprètes. Elles n’ont souvent aucune idée de l’existence et de la fonction des interprètes. Elles ne savent pas comment on peut les utiliser et il y a un manque d’interprètes. De plus, il y a confusion entre aide à la vie quotidienne et interprètes.

L’interprétation par répétition vocale perturbe les groupes.

La qualité de la communication dépend de la familiarité avec le ton de la voix, le dialecte, les thèmes, le type de touches et la personnalité.

Il est difficile de vérifier la compréhension, d’être synchrone avec les événements ; il y a aussi des difficultés de concentration ou de mémoire à court terme.

Je vais utiliser le terme " sourd malvoyant ". C’est comme cela que la plupart des personnes sourdes-aveugles ressentent leur identité.

Le premier domaine sur lequel je travaille, est l’utilisation de la langue des signes avec champ visuel réduit.

Je vais parler des supports qui aident à la communication pour les personnes sourdes-aveugles avec vision réduite. Nous avons identifié différentes catégories d’indications particulières. Ceci n’est pas une liste exhaustive :

Un autre domaine de recherche est celui des sourds éduqués oralement qui perdent la vue. La lecture sur les lèvres devient de plus en plus difficile ainsi que l’audition (situation typique pour les personnes atteintes du syndrome d’USHER type 3). Il y a donc des cours de langue des signes spécifiques pour eux, ainsi que pour les enseignants qui s’occupent d’eux. Ce programme devrait aussi concerner d’autres personnes de l’entourage : membres de la famille…

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