DbI N° 35
Janvier - juin 2005
DbI Review
Le Magazine
International des Sourds-Aveugles
Sommaire
Etude de la
population sourde-aveugle et des services au Canada
Colleen Watters, Michelle Owen, Stan Munroe
Communication socio-haptique pour les personnes devenues sourdes-aveugles et
leur famille
Russ Palmer, Ritta Lahtinen
Katmandu,
Népal...prochaines étapes
Lone Poggioni
L’homme est
la joie de l’homme
Klaus Vilhelmsen
Les
kangourous sont toute ma vie .... la vie et l’oeuvre de Doris Herrman
Iris Shelker et Doris Herrman
Per Aspera Ad Astra !
Pour
les sourds-aveugles en Croatie
Sonja Tarczay, Présidente de Dodir
CESSA –
Centre d’Education Spécialisée pour enfants et adolescents sourds-aveugles
Christine Tap
CHARGE est
donc bien un syndrome !
David Brown
Un voyage
de 2000 km commence par un seul pas
Penny May Karnau
Prix Helen
Keller
Graeme Thomson
Nouvelles des réseaux
Conférences
Conférence
CHARGE en Allemagne
Conférence asiatique de DbI 2006
Conférence mondiale de DbI 2007
Stage sur les rubéoliques au NUD
Comptes-rendus
La sordogeguera, un analisis multidisciplinar
Comportements à problèmes chez les enfants multihandicapés sensoriels – CD-ROM
Nouvelles
régionales
Amérique latine
Roumanie
Grèce
Canada
Australie
Norvège
Campagnes
Réunion à la Banque Mondiale sur le handicap
L’Europe reconnaît-elle la surdicécité ?
Nouvelles de l’administration
Message du Président
Chers amis
et collègues !
Lorsque vous lirez ces lignes, ce sera juste avant que nous nous réunissions en
Slovaquie pour notre Conférence européenne. Les préparations de cette conférence
ont demandé beaucoup de travail à beaucoup de gens, qu’il nous faut remercier de
leur bonne volonté énergique ! Ceci inclut la commission scientifique et la
commission nationale d’organisation. Le décor est planté, maintenant c’est aux
participants d’en faire une réussite.
DBI étend sa collaboration. D’abord, nous sommes en contact régulier avec ICEVI
et nous sommes en train d’établir une entente entre les deux organisations.
Notre prochaine réunion de conseil coincidera avec la conférence mondiale d’ICEVI
qui doit se tenir en Malaisie en juillet 2006 et nous encourageons ceux qui y
assisteront à présenter des interventions à cette conférence pour s’assurer que
la surdicécité soit au programme. En second lieu, nous continuons à collaborer
étroitement avec la WFDB. En fait, au moment où j’écris, je me prépare à aller à
la conférence Helen Keller en Finlande, où je remettrai à Stig Ohlson la DBI
Distinguished Service Award en votre nom pour ses formidables résultats !
Nous nous efforçons toujours d’obtenir la reconnaissance des sourds-aveugles et
le réseau EDbN a une place officiellement au Forum européen du Handicap. Cela
devrait garantir que notre voix soit entendue dans ses discussions. Cette
participation nous donnera accès aux informations et nous permettra d’avoir une
influence sur la prise de décision à propos des besoins des sourds-aveugles et
de leurs familles dans toute l’Union Européenne. Nous travaillons aussi beaucoup
sur les questions de reconnaissance auprès des Nations Unies, et nous espérons
avoir des résultats positifs.
Des conférences et réunions sont organisées dans beaucoup d’endroits et votre
secrétaire et moi-même avons été très bien accueillis en Australie où nous
sommes allés au début de l’année. Nous avons été impressionnés par le lieu,
Perth, et l’organisation locale. Après, en janvier prochain, la conférence
asiatique de DbI aura lieu à Dhaka, au Bangladesh, et les projets semblent déjà
très intéressants.
Comme je suis arrivé au milieu de mon mandat de président, je pense qu’il serait
sage que le comité de direction et le conseil étudient un planning stratégique
pour les années à venir afin que nous puissions planifier l’orientation et le
développement futur. Nous allons y travailler et je vous tiendrai au courant .
Enfin, en lisant l’article de Mike dans notre dernière édition, je me suis rendu
compte que l’année prochaine c’est notre trentième anniversaire ! Il faut
célébrer cela, et j’aimerais avoir vos suggestions.
Il me reste à vous remercier tous pour votre soutien et votre travail - ainsi
que le secrétariat en Inde, qui est toujours prêt à aider nos membres .
William
Editorial
Le magazine
est plein à craquer cette fois. Comme toujours, il reflète le travail et les
idées des membres de DbI dans le monde. Klaus Vilhelmsen entame une série
d’articles, écrits par lui et d’autres artistes et collègues, sur l’esthétique.
Il commence par nous présenter la notion de l’esthétique, et illustre sa
signification et sa valeur pour nous tous par des exemples de sa coopération
avec des sourds-aveugles. Russ Palmer et Ritta Lahtinen parlent de leur travail
sur la communication holistique avec des personnes devenues sourdes-aveugles.
Ils forment une association unique et dans cet article, qui est le résumé de la
recherche faite par Ritta, ils donnent des aperçus intéressants. Nous faisons la
connaissance de Doris Herrman, qui a fait de sa passion une carrière, au point
qu’elle est maintenant une autorité mondiale. Et depuis l’Afrique, on nous parle
des obstacles auxquels sont confrontés les enfants et adultes sourds-aveugles et
leurs familles dans leur combat pour transformer leurs droits en services réels.
Nous allons beaucoup entendre parler de génétique à l’avenir. Les développements
dans ce domaine sont très rapides , et aujourd’hui nous parlons des découvertes
sur le syndrome de CHARGE.
Nos réseaux sont actifs, mais les difficultés qu’ils connaissent pour maintenir
le contact et le développement professionnel sont soulignés dans le rapport sur
les réseaux qui a été commandé et entrepris l’année dernière.
En plus du magazine, nous avons aussi travaillé sur la modification du site web.
Il devrait être prêt avant l’automne et nous espérons que ce sera un outil utile
d’information et d’échange d’idées.
Enfin, je présente nos excuses aux nombreux lecteurs qui voudraient recevoir le
magazine en Espagnol. Nous avons eu quelques difficultés dans sa production et
nous espérons reprendre cette publication dès que possible.
Comme toujours, j’espère avoir de vos nouvelles, de votre travail, de votre vie
ou de quelqu’un que vous connaissez ! Gardez le contact !
Eileen
ETUDE DE LA POPULATION SOURDE-AVEUGLE ET DES SERVICES AU CANADA
Rapport
préparé pour la Société nationale canadienne des sourds-aveugles par Colleen
Watters et Michelle Owen du Centre canadien d’études des handicaps, et Stan
Munroe, coordinateur du projet
Les usagers et les parents/amis et défenseurs ont insisté sur la nécessité de
mettre en application des programmes d’information du public afin de mettre en
lumière les besoins et les capacités des personnes sourdes-aveugles
Résumé
Une étude
de la population sourde-aveugle et des services au Canada représente une
collaboration exceptionnelle entre la Société nationale canadienne des
sourds-aveugles (CNSDB) et l’Association canadienne des sourds-aveugles et
rubéoliques ( CDBRA). C’est la première fois que la CNSDB ( qui défend les
besoins des personnes ayant une surdicécité acquise) et la CDBRA ( qui répond
surtout, mais pas exclusivement, aux besoins des sourds-aveugles congénitaux)
ont eu l’opportunité de travailler ensemble pour rassembler des informations sur
les personnes ayant ce double handicap au Canada.
Le projet avait pour but de produire un rapport contenant (1) des informations
démographiques sur les personnes atteintes de surdicécité au Canada et celles
qui sont sourdes-aveugles de naissance ; (2) une discussion des besoins en
services des personnes sourdes-aveugles et de leurs parents/défenseurs ; (3) une
vue d’ensemble de la vie, des obstacles et des succès vécus par les personnes
sourdes-aveugles et leurs parents/défenseurs ; (4) un aperçu des services
existants pour répondre aux besoins des personnes sourdes-aveugles et de leurs
défenseurs et (5) des orientations pour de futures recherches. Ceci complète le
Projet national de recensement qui avait obtenu des informations sur 777
personnes atteintes du double handicap.
Cette étude a localisé certains autres Canadiens qui n’avaient pas été recensés
comme sourds-aveugles par le Projet national de recensement conduit par
l’Association canadienne des sourds-aveugles et rubéoliques de 1999 à 2001.
Cette étude a trouvé qu’il y avait un total estimé de 3306 Canadiens
sourds-aveugles. Cela inclut les personnes ayant une surdicécité acquise et ceux
qui sont sourds-aveugles congénitaux. On pense que ce chiffre sous-estime la
population sourde-aveugle totale à cause de la difficulté d’atteindre les
individus ayant ce double handicap. Une recherche complémentaire est nécessaire
pour localiser les autres membres de cette population et pour appuyer les
besoins d’intervention et d’autres services qui ne sont pas satisfaits
actuellement. Les informations recueillies ajoutent à la base de données de
recensement actuelle, identifient et évaluent les services existants qui sont
disponibles et accessibles aux personnes sourdes-aveugles, et apportent
d’importantes données sur la qualité de vie à propos des histoires personnelles
des obstacles et succès vécus par cette population, ses besoins en services et
des recommandations pour des services supplémentaires. Elle améliore
considérablement les informations déjà publiées sur la surdicécité au Canada. Ce
projet fournit des informations pertinentes et mises à jour qui seront remises à
jour en permanence par le Conseil canadien des sourds-aveugles ( un organisme
conjoint composé de la Société nationale canadienne des sourds-aveugles et de
l’Association canadienne des sourds-aveugles et rubéoliques) .
Pour compléter les informations démographiques recueillies au cours de cette
recherche, dix groupes ont été réunis dans le pays pour recueillir des données
sur la qualité de vie auprès des personnes sourdes-aveugles et de leurs
parents/défenseurs. Au cours de ces sessions , les usagers et les
parents/défenseurs ont recommandé massivement que les autorités fédérales et
provinciales augmentent le financement pour des services d’intervention complets
pour les personnes sourdes-aveugles afin de faciliter leur accès aux services de
la communauté et leur vie quotidienne. Les communautés qui n’ont pas
actuellement de programmes d’intervention devraient mettre en place ces
initiatives. De plus, il est nécessaire de diminuer les temps d’attente pour les
services et de fournir des équipes d’urgence d’intervenants pour le soir et le
week-end ( pour les enfants, les familles et les adultes qui reçoivent
régulièrement des services d’intervention pendant la journée), pour les urgences
et vacations médicales et autres. Les autorités fédérales et provinciales
devraient augmenter les financements pour les programmes de formation
d’intervenants afin d’augmenter le nombre de professionnels formés travaillant
avec les sourds-aveugles.
Les usagers et les parents/défenseurs ont insisté sur la nécessité de mettre en
application des programmes d’information du public afin de mettre en lumière les
besoins et les capacités des personnes sourdes-aveugles et pour diminuer les
idées fausses au sein des gouvernements, du secteur des services et du grand
public sur le caractère exceptionnel de ce double handicap. En outre, les
répondants sourds-aveugles et les parents/ défenseurs ont identifié la nécessité
pour les autorités fédérales et provinciales de mettre en application des
programmes d’aides techniques pour ceux qui ne bénéficient pas actuellement
d’une éducation ou d’un travail, afin d’améliorer la qualité de la vie pour les
personnes sourdes-aveugles. Cela apporterait un meilleur accès à l’information ,
offrirait des opportunités de développer la communication par email et aiderait
les usagers à améliorer leurs compétences d’écriture. Les parents de même que
les usagers ont aussi exprimé le besoin de plus d’information sur les aides
techniques et la possibilité de formation à l’utilisation de ce type de
technologie.
Il appartient aux professionnels, aux organismes de services et aux autorités
fédérales et provinciales d’appliquer les recommandations définies dans ce
rapport et de fournir les services complémentaires dont les Canadiens
sourds-aveugles ont désespérément besoin.
Le rapport intégral
peut être consulté en ligne en Anglais et en Français, en taille de caractères
12 et 16, sur le site web de la Société nationale canadienne pour les
Sourds-aveugles sur www.cnsdb.ca
Communication socio-haptique pour les personnes ayant une surdicécité acquise et leur famille : incorporation du toucher et des informations environnementales par une communication holistique
par Russ Palmer et Riita Lahtinen
En automne
2004 au Centre nordique de formation du personnel ( NUD) au Danemark, et à la
conférence du NUD en Islande, Riita Lahtinen a eu l’opportunité de présenter sa
recherche de DEA intitulée « Développement du système holistique de
confirmation socio-haptique ».
Cela sera la base de sa thèse de doctorat sur la Communication holistique et
interactive avec les personnes ayant une surdicécité acquise. C’est une étude de
cas longitudinale des signaux de feedback du « oui » et du « non » et de la
façon dont ils deviennent plus largement et plus fréquemment utilisés au sein de
la famille d’une personne devenue sourde-aveugle.
Russ
écrit...
Je pense que les travaux de Riita auront une influence sur notre compréhension
de la manière dont nous pouvons améliorer la qualité de notre communication
entre sourds-aveugles, personnes atteintes du syndrome d’Usher, personnes
devenues sourdes-aveugles, interprètes et professionnels travaillant dans ces
domaines respectifs. Les méthodes et les techniques décrites ici peuvent être
étendues à d’autres groupes de handicaps, créant ainsi une conception plus
holistique et plus interactive du monde qui les entoure.
Un problème majeur lorsqu’on a un double handicap sensoriel est la difficulté à
percevoir et à interpréter le langage corporel des gens à un moment ou lors d’un
événement particulier. Trop souvent, les sourds-aveugles ratent ces
informations, ce qui augmente leur dépendance à l’égard des amis, de la famille
ou des services d’interprète s’ils existent.
Les théories, méthodes et techniques que Riitta a identifiées ne sont pas
nécessairement nouvelles et sont en fait dans l’air depuis de nombreuses années
et probablement utilisées dans les communautés sourdes-aveugles dans toute
l’Europe. Jusqu’à maintenant, ces méthodes de communication n’ont pas été
systématiquement enregistrées, identifiées ou étudiées en détails. Grâce à ses
relations avec différents devenus sourds-aveugles dans le monde, Riitta a passé
près de 15 ans à analyser et enregistrer ses observations dans son journal.
Lorsque nous nous sommes rencontrés à une conférence de DbI en Suède en 1991, et
que nous sommes devenus un couple, nous avons commencé tous les deux à analyser
nos propres méthodes de communications en faisant des améliorations et en
essayant de combler l’écart entre la langue parlée et la langue des signes.
J’ai un syndrome d’Usher type 3 et la langue parlée est ma principale forme de
communication, et jusqu’à mon récent implant cochléaire en mars 2004, je devais
m’appuyer beaucoup sur des méthodes de communication tactiles ou, selon la
définition correcte de Riitta ( 2003), socio-haptiques.
Riitta
explique....
« En analysant la façon dont nous bougeons et réagissons, je me suis rendu
compte que nous utilisions nos mouvements du corps « inconsciemment » pour
répondre aux autres. J’emploie ici le mot « système socio-haptique » pour
illustrer les combinaisons de nos informations environnementales tactiles, de
nos mouvements kinesthésiques et de la manière dont nous utilisons notre espace
personnel lorsque nous communiquons »
Russ
continue...
Une application spécifique est la possibilité d’aider les interprètes en leur
donnant des techniques de « shortcut » tout en produisant en même temps une
communication qui semble spontanée ou ce que Riitta définit comme dans la
réalité. Cela me permet de participer aux conversations d’un groupe social sans
avoir le sentiment d’être isolé à cause de ma surdicécité. De plus, la famille,
les parents, les amis peuvent apprendre et utiliser ces techniques relativement
rapidement. Par exemple, café, expresso ou capuccino ont tous leur notation
symbolique qui est clairement définie. Un autre exemple , c’est dans une
situation sociale où les gens rient, plaisantent, pleurent etc, ces tehniques
peuvent aussi être appliquées en utilisant les méthodes socio-haptiques.
Les
travaux de Riitta sont principalement centrés sur l’application des signaux de
« OUI » et « NON » , en identifiant les théories, méthodes et techniques et les
diverses étapes du processus de développement. Cela nous a pris 8 ans en tant
que couple pour identifier chacune de ces étapes et lorsque nous les enseignons
dans nos stages internationaux, elles sont automatiquement adoptées rapidement
par les sourds-aveugles et les membres de leurs familles. Très souvent les
sourds-aveugles réalisent qu’ils utilisent déjà des méthodes similaires, mais
ils n’en ont peut-être jamais parlé ouvertement.
Quelquefois, lorsqu’il y a un membre de la famille devenu sourd-aveugle avec un
conjoint voyant et entendant, la détérioration de l’ouie et de la vue peut
affecter leur relation en tant que couple. Je sui sûr que si Riitta et moi
n’avions pas parlé ouvertement de nos difficultés de communication, notre
relation aurait très certainement cessé. En analysant nos problèmes ensemble, en
discutant et en appliquent un mélange de techniques socio-haptiques, nous avons
identifié ces différentes étapes. Je dois mentionner à ce point que Riitta était
la scientifique et moi le cochon d’inde !
Riitta
explique...
« Un des principales questions est la façon dont nous utilisons notre langage.
Notre culture est basée sur une communication à distance avec des indications
visuelles. Nous comprenons que notre langage fait partie de l’acte holistique et
c’est pourquoi nous l’appelons « communication fonctionnelle ». Nous
communiquons en utilisant diverses méthodes comme la parole et la lecture
labiale, en utilisant des appareils auditifs, des radiomicrophones, des implants
cochléaires, selon les différentes conditions environnementales, par exemple
éclairage contrasté et bruits de fond. Les méthodes employées peuvent s’utiliser
individuellement ou être associées, par exemple dactylologie dans la main,
signes dans la main, signes et signaux corporels, information par le toucher et
les mouvements du corps ».
Russ
continue...
L’observation des comportements langagiers quotidiens des couples peut nous
donner une idée des solutions fonctionnelles par l’analyse des processus des
différentes méthodes et techniques utilisés de manière spontanée. L’orientation
environnementale est un aspect du processus social interactif d’être membre d’un
groupe.
Chaque fois que nous quittons l’environnement de notre foyer, la communication
change. La qualité de la conversation du point de vue des deux parties en
promenade, en voyage, ou en faisant les activités quotidiennes, est très
importante. Les mêmes techniques peuvent aider les professionnels et les
interprètes qui travaillent avec des sourds-aveugles.
Le processus de la communication comprend la situation, le contexte, l’espace et
l’orientation. Ce n’est pas simplement l’échange d’informations par le langage,
c’est aussi la production d’informations non verbales comme le feed-back en
temps réel des émotions et des comportements. C’est une question de
compréhension du phénomène dans son ensemble comme faisant partie du
comportement langagier dans la vie quotidienne .
La communication holistique interactive est une philosophie dans laquelle les
deux parties identifient toute la situation de communication et les éléments
impliqués dans l’ensemble du processus. Les deux parties réagissent aux éléments
de leurs stimuli interieurs et extérieurs, à l’environnement, au lieu, aux
objets , aux activités et aux personnes qui les entourent. Interactive signifie
que les deux parties envoient et reçoivent des messages constamment. Cela
signifie que les couples ont besoin de détermination, d’encouragement et de
beaucoup d’énergie pour trouver la ou les bonne(s) méthode(s). Par exemple, il
semble que Riitta et moi utilisions plus notre sens du toucher et nos mouvements
du corps en échangeant des informations et en partageant des situations. La
socio-haptique peut se résumer de la façon suivante :
n Méthodes dans la main ( langue des signes, signes, dactylologie, lettres capitales)
n Courts messages sociaux donnant des informations sociales ( signes corporels, feedback, comportement)
n Expression et réception d’émotions
n Guider par mouvements du corps et signaux
n Donner une orientation environnementale ( dessin sur le corps)
n Partage des expériences artistiques par les mouvements, c’est-à-dire informations kinesthésiques.
Conclusions : que nous ont apporté les méthodes socio-haptiques ?
Russ
continue...
« Plus nous utilisons notre corps et notre toucher, plus je suis devenu sensible
à la réception et à l’interprètation des messages tactiles. Le toucher donnera
une meilleure qualité à nos discussions et interactions, sans lui l’information
n’a pas sa vraie valeur. Cela économise aussi notre énergie, et nous épargne des
malentendus. Le toucher me donne très rapidement des informations sur la façon
dont les autres se comportent, sur leur feedback, leurs indications non verbales
et leurs émotions. C’est très important d’avoir un feedback à mes réponses. Cela
signifie que je peux me sentir à égalité avec les autres. Pour moi, le toucher
me donne un sentiment de sécurité et sans contact je me sens isolé. Etre ouvert
l’un à l’autre, c’est la solution »
Riitta
explique....
« L’interprétation de la signification du toucher peut être changée et contrôlée
en utilisant différents endroits neutres sur le corps, en adaptant la taille des
mouvements et la pression. La réalisation physique de l’information dans la main
et sur la peau peut donner différentes nuances et interprétations de toucher.
Les zones du corps ont été agrandies avec les années. Pour participer il faut
apprendre différentes possibilités et acquérir les compétences ou la capacité
immédiate d’avoir et d’utiliser différentes méthodes à la maison comme à
l’extérieur avec tout une gamme de gens. Pour nous, la répétition,
l’incertitude, déranger ou interrompre, rendaient la communication plus
stressante et nous dépensions beaucoup de notre énergie. Utiliser le corps pour
décrire des situations, des lieux et différents événements ou activités, donne
la possibilité d’être un participant actif ».
Références :
Lahtinen R.
(2003) Développement du système holistique de confirmation socio-haptique. Etude
de cas des signaux de feedback de « oui » et de « non » et comment ils
deviennent plus largement et plus fréquemment utilisés dans une famille dont un
membre a une surdicécité acquise. (Thèse de DEA de l’Université d’Helsinki,
Faculté d’Education, Département de Pédagogie)
Lahtinen R. & Palmer R. ( 2000) Méthodes de communication holistique et
interactive avec des personnes ayant une surdicécité acquise et leurs familles -
Etude pratique. ( Programme de formation. Enseignement à distance ( vidéo
comprise) Université de Mabchester, Royaume-Uni.
Lahtinene R. (1999) Méthodes de communication holistique et interactive. In
Minutes d’un symposium international sur l’interprétation pour les
sourds-aveugles ( Peckford &Hawcroft édit. Prontaprint, Durham, Royaume-Uni,
64-65)
Lahtinen &Palmer ( 1996) Communication holistique dans la famille. Le langage
parlé tactile est plus que des mots. 4e Conférence européenne sur les
sourds-aveugles, Espoo, Finlande.
Lahtinen & Palmer (1994) Communication avec les personnes ayant un syndrome d’Usher ;
Deafblind Education, juillet-décembre, 7-9.
Pour plus
d’informations, contacter :
Riitta Lahtinen, consultant et chercheur en communication, Email :
riitta.lahtinen@kolumbus.fi
site web :
www.kolumbus.fi/riitta.lahtinen
Russ Palmer, musicothérapeute international, Email : rpalmer@tiscali .co.uk
site web : www.russpalmer.com
Katmandu, Népal... les prochaines étapes
Vous avez lu dans un précédent numéro le récit de la visite de Lone au Népal, au nom de l’association de parents danoise. Cette fois, Inger Rødbroe et Bente Ramsing se sont jointes à Lone pour le suivi du travail entrepris...
Il y avait un tas de raisons à cette visite : nous voulions continuer la collaboration entre l’association danoise de parents de sourds-aveugles congénitaux (DDBF) et l’association de parents du Népal récemment créée, la « Society for Deafblind Parents ». Nous projetions d’organiser deux ateliers pour les enfants sourds-aveugles et leurs parents et deux autres séminaires pour les professionnels. Nous voulions aussi examiner la possibilité de développer un projet à plus long terme comprenant la formation des éducateurs et des parents et l’assistance à l’ouverture de la première classe et de l’internat pour six enfants sourds-aveugles à Katmandu.
Travail avec les familles
Des parents
et leurs 12 enfants handicapés de 7 à 30 ans ont participé à l’atelier et, à la
fin de la journée, nous avions six enfants identifiés comme sourds-aveugles, ou
pouvant être sourds-aveugles. Tous ont participé à des activités en commun, avec
des chants et des mouvements, pour permettre à tous les enfants de participer. A
l’aide des enregistrements vidéo, les familles ont pu voir comment leurs enfants
réagissaient et c’était plus facile ensuite d’expliquer pourquoi on pensait que
certains enfants pouvaient être sourds-aveugles.
Inger Rødbroe a travaillé avec les parents pour leur expliquer comment commencer
à développer la communication et les compétences de vie quotidienne d’une
manière naturelle. Lone Poggioni a eu une réunion avec les parents sur ce qui
s’était passé pour l’association de parents depuis mars 2004 et faire des voeux
pour l’avenir. Les parents souhaitaient désespérément ouvrir une unité scolaire
pour leurs enfants. Bente Ramsing a travaillé avec chacun des parents et enfants
individuellement sur le soutien au développement personnel.
Les professionnels
Avec les
professionnels, nous avons couvert une quantité d’informations fondamentales sur
la surdicécité congénitale et acquise, comment identifier, évaluer et
intervenir, et utiliser différentes méthodes de communication.
Nous avons illustré ces formations avec des vidéos des enfants népalais.
Pendant le séminaire, les professionnels ont été très actifs, intéressés et ont
bien participé. Ils avaient déjà des compétences et une connaissance des
disciplines touchant à la surdicécité et cela a bien facilité les choses.
Propositions
Après avoir
écouté les demandes lors de cet atelier, nous avons pris l’engagement :
-
de soutenir l’association de
parents « Society of Deafblind Parents »
-
de créer la première classe et
un internat pour 6 enfants sourds-aveugles à Katmandu et de démarrer des
services de conseil le plus tôt possible.
-
d’aider à sélectionner et à
former le personnel
-
de fournir des informations aux
équipes médicales, hôpitaux etc. par une petite brochure sur le handicap
spécifique de la surdicécité.
-
de diffuser les connaissances
sur la surdicécité en dehors de la région de la capitale.
Conclusion
Au cours de notre visite à Katmandu, nous avons eu le plaisir de rencontre
beaucoup de gens qui souhaitaient faire quelque chose de concret pour les
sourds-aveugles. Nous avons véritablement ressenti que notre intervention à
Katmandu/ Népal a une mission et que le projet a une bonne chance d’aboutir.
L’homme est la joie de l’homme.... une démarche esthétique de coopération avec les sourds-aveugles congénitaux
Dans cet article, qui est le premier d’une série, Klaus Vilhelmsen utilise cette ancienne expression viking « l’homme est la joie de l’homme » pour introduire le concept , intéressant mais pas toujours bien compris, de l’esthétique. Pendant des années, il a travaillé avec des collègues au Centre pour Sourds-aveugles au Danemark, de manière interdisciplinaire, et a fait intervenir des artistes professionnels auprès des résidents sourds-aveugles afin de développer une démarche esthétique. Il soutient et apprécie également la coopération du Réseau Culturel Nordique.
Introduction
Il y a quelques années, nous sommes allés en voyage d’étude. Pendant une
semaine, nous avons navigué sur un magnifique vieux bateau en bois. Les élèves
sourds-aveugles ont eu beaucoup d’expériences sensorielles pendant ce voyage –
la chaleur du soleil, l’odeur de la mer et du bateau en bois, le vent etc. Sonja,
une des élèves, nous a tenu éveillés jusqu’à 2h du matin en se servant de sa
voix d’une manière très diversifiée et très belle. Nous avons pensé qu’elle
exprimait son humeur provenant des expériences qu’elle avait eues. Auparavant,
nous pensions qu’elle utilisait sa voix surtout en auto-stimulation, mais
pendant ce voyage, nous nous sommes rendu compte qu’elle se servait de sa voix
avec une façon personnelle et créative de s’exprimer. Nous avons compris Sonja
et la manière dont elle utilisait sa voix . Nous avons compris cela sous un
angle esthétique.
L’esthétique
Mais comment pouvons-nous décrire l’esthétique ?
Le concept remonte à Baumgarten au 18e siècle. Il a écrit sur
l’esthétique d’un point de vue philosophique. Pour lui, l’esthétique était « la
connaissance du beau et l’apprentissage de celui-ci ..... l’apprentissage de la
substance des arts ». Par conséquent, l’art et l’esthétique étaient intimement
liés.
Un chercheur danois, dans le domaine de la pédagogie spécialisée, Søren Langager,
dit : « L’esthétique c’est le goût, l’expérience et la reconnaissance par les
sens, avec l’expression du goût ( l’émotion) comme forme communicative.
A l’origine, l’esthétique était décrite comme « se réalisant » à travers des
expériences sensorielles. Cependant, je pense que c’est dans le sens plus large,
et aussi dans les commentaires de Søren Langager, que nous trouvons le plus
d’inspiration dans nos coopérations avec des sourds-aveugles.
Il est encore fréquent de lier l’esthétique et l’art , mais il est devenu aussi
plus fréquent de considérer l’esthétique comme la beauté à la fois dans la
nature et dans notre vie quotidienne. Quand l’esthétique acquiert une acception
plus large , comme faisant partie de l’existence elle-même, elle ne dépend pas
d’un concept lié uniquement à l’art, ou de la capacité de l’individu à produire
ou à comprendre l’art.
On peut avoir une expérience esthétique dans la nature. Par exemple, prenons
l’expérience d’une promenade sur la plage. On peut sentir le vent sur son corps,
on peut jouir du soleil et de la lumière, on peut entendre le vent, et on peut
sentir le plaisir de bouger son corps. Une expérience comme cela peut créer un
sentiment de beauté et de sens. Pour qu’une promenade sur la plage soit une
expérience esthétique, il faut être ouvert et capable de la reconnaître comme
telle ! Si on prend cette acception plus large de l’expérience esthétique, elle
devient plus importante dans notre vie. Elle va inclure nos sentiments, notre
âme, notre esprit et notre inconscient.
Le coeur de notre nouvelle acception est qu’une reconnaissance esthétique est
dans la perception sensorielle, la sensation et l’émotion dans nos relations
avec les autres et dans notre relation au monde physique.
Le fait de décrire la perception sensorielle, les sensations et les émotions
comme des facteurs importants dans notre reconnaissance esthétique peut
peut-être nous aider à comprendre pourquoi quelquefois nous ressentons que nous
réussissons et quelquefois le contraire. Reconnaître cela comme une part vitale
des expériences quotidiennes peut nous conduire à une vision esthétique de notre
façon d’être avec les sourds-aveugles.
Dorthe Jørgensen, chercheur danois dans ce domaine, a dit que le type
d’esthétique qui concerne « l’art de la vie » ( c’est-à-dire la façon dont vous
créez votre vie de manière esthétique ) est l’esthétique la plus répandue de nos
jours.
Conséquences pédagogiques
Lorsque
nous utiliserons la perspective esthétique comme base partielle de coopération
avec les sourds-aveugles, il y aura au moins deux conséquences pédagogiques.
L’une est que travailler avec des sourds-aveugles ce n’est pas seulement
compenser leurs handicaps fonctionnels. Il faut regarder l’être humain derrière
le handicap, et donner à cette personne l’opportunité de grandir et de
s’exprimer.
Un autre conséquence du choix de la perspective esthétique, c’est qu’il faut que
nous donnions à la personne sourde-aveugle l’opportunité d’expérimenter la
sensation, d’affiner ce processus de sensation et d’affiner cette expression
sensorielle. De cette façon, les autres peuvent apprécier les idées des
sourds-aveugles. En d’autres termes, la communication peut être établie.
En donnant aux sourds-aveugles une opportunité d’exprimer leurs expériences
d’une manière non linguistique, les personnes sourdes-aveugles peuvent
communiquer avec les personnes voyantes et entendantes, avec leurs propres
expressions , à propos de leurs attitudes, sentiments et expériences
existentielles . Ainsi, nous pouvons apprendre d’elles.
Coopération avec des artistes
En nous basant sur cette idée, nous avons établi une coopération entre Sonja, la
jeune femme du bateau, et une artiste, Cathrine Lervig. C’est une chanteuse de
formation. Ces 10 dernières années, elle a travaillé sur une manière alternative
d’utiliser sa voix. Par exemple, elle chante sans paroles.
Cathrine raconte ainsi sa première rencontre et coopération avec Sonja dans un
article du magazine danois « Deafblind News » :
« Quand Sonja est arrivée, nous nous sommes touchées pour nous dire bonjour.
J’ai attendu. Sonja a utilisé sa voix. Nous nous sommes encore touchées. Au
début, c’était juste comme improviser avec un autre musicien. Au début, nous
avons fait connaissance et tout à coup le contact était établi. Sonja a tourné
son visage droit vers moi avec un grand sourire qui venait du plus profond
d’elle-même. Elle l’a senti aussi – le contact, la joie et la surprise de ce
genre de contact.
Maintenant que le contact était établi, nous étions à égalité. Pendant une
heure, nous nous sommes concentrées et nous nous sommes parlé. Sonja a une voix
très expressive, volumineuse et dynamique. Nous passions du parlé au chanté. Ou
pour être plus précise, nous étions entre le chant et la parole. C’était
exactement comme d’improviser avec un autre musicien. »
Après sa rencontre avec Sonja, Cathrine a dit : « Je me suis posé de nombreuses
questions . Par exemple – où est la frontière entre la musique et la
communication linguistique ? Quel sorte d’échange se fait entre les musiciens
quand ils jouent ? Qu’est-ce que la musique ? Qu’est-ce qui se passerait si
Sonja obtenait une réponse musicale à ses splendides compétences de
communication ? Qu’est-ce que Sonja nous apprend ? »
Comment devons-nous répondre ?
Il faut que
nous soutenions la créativité des sourds-aveugles. Nous pouvons tirer profit du
travail avec des artistes de nombreuses manières. Je pense qu’ils peuvent :
-
inspirer de nouvelles
possibilités et nuances dans la rencontre entre les sourds-aveugles et les
autres
-
ouvrir nos sens à de nouvelles
expressions, à la fois des sourds-aveugles et des autres
-
travailler à clarifier ces
expressions
-
permettre de créer la solidarité
-
communiquer à un niveau non
linguistique.
Danser !
Ces 20 dernières années, Riccardo Morrison a pratiqué la danse d’improvisation
de contact. C’est danser avec et pour des gens qui aiment danser dans un forum
commun et utiliser la danse comme langage commun. Les gens qui bougent
différemment ont inspiré Riccardo. Il dit que : « nous avons tous quelques
étranges , remarquables mouvements, qui sont devenus une habitude pour nous. Il
faut accepter ces mouvements , parce qu’ils font partie de notre nature et de
notre corps. Au sujet de nos expressions corporelles, Riccardo Morrisson nous
rappelle que nous sommes tous uniques.
Depuis plusieurs années, Riccardo travaille avec des personnes handicapées. Il
veut apprendre à ces personnes comment éprouver et sentir leur corps , et
comment défaire et dissoudre leurs tensions. Le but est la connaissance de soi
et le développement personnel.
La base technique du travail de Riccardo est la danse d’improvisation de
contact. Cette forme de danse est basée sur l’improvisation, le dialogue par le
mouvement, le poids et la vigueur. Cette forme de dans parle du corps vivant,
intelligent et sensible. Dans l’improvisation de contact, le principe est que
rien n’est bien ou mal. Cette forme de danse est basée sur des techniques qui
peuvent être utilisées par n’importe qui – quel que puisse être son handicap.
En novembre dernier, nous avons organisé un atelier avec Riccardo Morrison. Nous
avons travaillé sur la base que je viens de décrire, et nous avons travaillé
avec les différences plutôt qu’avec des mouvements homogènes. Tous les
mouvements étaient considérés comme danse, et nous essayions de capter les plus
petits mouvements. Il n’y avait pas de mauvais mouvements. Riccardo dit que tous
ceux qui sont présents apportent quelque chose – ils s’inspirent les uns les
autres !
La société et le monde numérique
Mais
pourquoi cet intérêt pour l’esthétique ?
Cela a toujours été que l’aide de la société aux handicapés était basée sur les
valeurs, normes et règles morales qui la caractérisent à cette période de
l’histoire. Aujourd’hui, les vieux modèles se sont écroulés, les autorités ne
sont plus ce qu’elles étaient. L’individu doit trouver sa propre voie et ses
propres valeurs. Donc, l’évolution de la société va plutôt poser une question
sur la façon dont l’individu s’exprime, pour se décider et agir. Le
développement des technologies numériques aussi nous pousse dans cette
direction. Avec toutes les possibilités apportées par le monde numérique, il
sera essentiel pour l’individu d’être capable de trouver sa voie dans ce monde.
Il sera essentiel de se révéler et de se rendre « attractif » pour les autres
pour pouvoir prendre part au dialogue en cours. Pour les citoyens les plus
faibles, il sera difficile de faire face à ce challenge.
Ole Thyssen, le philosophe danois, dit qu’il nous faut une compétence esthétique
de nos jours dans cette société, parce que « le renouvellement exige des gens
qui n’ont pas peur de faire confiance à leurs sens et à leurs sentiments et
donnent forme à des expériences qui peuvent, ou non, devenir des expériences
partagées ». On peut dire que « la dimension esthétique contient beaucoup des
mêmes qualités que « le temps de notre vie » - le voluptueux, l’unique,
l’ambigu ».
Aujourd’hui, le concept d’esthétique, en tant que concept philosophique et
pédagogique, insiste sur la signification de la perception sensorielle et des
émotions. Celles-ci se produisent dans la rencontre entre soi-même et l’autre et
dans notre approche du monde. Donc, dans notre acception, un paradigme
esthétique indique que c’est par la confiance et le respect que nous favorisons
l’individualité. Notre pouvoir sur notre façon de mener notre vie peut enrichir
non seulement la rencontre existentielle mais aussi la solidarité culturelle.
Egalité
Nous souhaitons que les sourds-aveugles aient l’opportunité d’être véritablement
des membres à part entière de la société et aient la possibilité et la
probabilité de contribuer aussi à cette société. Je pense que nous devons les
aider à y contribuer d’une manière que les autres trouveront intéressante et
valable. Le processus et la joie du travail sur l’expression esthétique est très
important même si on ne crée pas d’objet . Mais , si la personne sourde-aveugle
veut que son travail soit une contribution à la société et à la culture commune,
alors le produit est important aussi, pour que les autres le trouvent
intéressant et valable. De cette manière, les sourds-aveugles peuvent être
visibles et égaux dans la société.
Klaus Vihelmsen
« Les kangourous sont toute ma vie » - la vie et les travaux de Doris Herrmann
La biographie de Doris Herrmann est avant tout l’histoire d’une femme qui a refusé de se laisser décourager par les circonstances difficiles de sa vie. Iris Schelker nous en dit plus
Doris est
née sourde en 1933 à Riehen ( près de Bâle). Quand elle est devenue adulte, les
médecins ont diagnostiqué qu’en plus de sa surdité, elle souffrait aussi de
rétinite pigmentaire ( une dégénération de la rétine). Plus tard, sa vue s’est
détériorée à tel point qu’elle ne pouvait plus lire du tout. Depuis, Doris est
dépendante de sa machine . Peu à peu, d’autres aides techniques allaient devenir
ses fidèles et indispensables compagnons.
Aujourd’hui, Doris utilise le « Lorm » pour communiquer, car elle ne peut plus
lire sur les lèvres. D’autre part, elle peut répondre par la parole.
Après avoir quitté l’école, son énorme volonté d’apprendre l’a conduite à
étudier les arts graphiques et les textiles au collège d’arts appliqués à Bâle.
Pendant cette période, elle a découvert ses talents et ses capacités de
création. Finalement, elle est devenue membre actif de la « Société suisse des
beaux-arts ». Plus tard, ses oeuvres ont été exposées dans diverses galeries et
elle a eu une citation pour ses contributions artistiques et scientifiques.
Sa biographie a été publiée, ainsi qu’un second livre ; elle a un troisième
livre en train.
Lorsqu’elle était petite fille, elle a été en contact avec des kangourous lors
d’une visite au zoo de Bâle. Le directeur lui a permis d’entrer dans l’enclos
des kangourous et d’observer le comportement spécial de ces animaux. Cela devait
être le départ de ses recherches intensives dans ce domaine. Plus tard, elle est
allée en Australie à de nombreuses occasions, et elle a rencontré de nombreux
scientifiques. Après avoir vécu pendant des semaines et des mois d’affilée parmi
des familles de kangourous, ses observations l’ont conduite à découvrir les
beautés naturelles du continent et à en tomer amoureuse, si bien que cette
partie du monde est devenue sa seconde patrie.
Ses recherches, en particulier dans le domaine du nettoyage de la poche, de la
rumination, du comportement de groupe et de l’alimentation, lui ont valu d’être
connue internationalement, et malgré l’aggravation de ses handicaps de la vue et
de l’ouie, elle a pu participer à des conférences scientifiques avec l’aide
d’interprètes en langue des signes. Beaucoup de zoologistes reconnus ont suivi
l’exemple du Pr Grzimek en se référant à la chercheuse de Bâle et ses travaux
sont entrés dans la littérature scientifique. Mais pour Doris, les kangourous
représentaient beaucoup plus qu’un objet d’intérêt scientifique. Aujourd’hui,
elle dit : « Ce sont des créatures si merveilleusement douces au toucher ».
Finalement, Doris a été forcée d’abandonner ses observations sur le terrain à
cause de l’aggravation de ses problèmes de vue. Mais elle a continué à
travailler sans relâche, et est en contact régulier par Email avec des
correspondants du monde entier- elle écrit également en Anglais.
Au cours de sa vie extrêmement impressionnante, son travail a eu un énorme
impact sur les autres. L’histoire de Doris montre que le destin ne doit pas être
accepté passivement, mais qu’on peut agir pour changer sa vie.
Iris Schelker
Assistante sociale
Services de soutien pour sourds-aveugles
Bâle
avec l’aide de Doris Herrmann :
doris.herrmann@dplanet.ch
Per
Aspera Ad Astra !...
pour les sourds-aveugles en
Croatie
L’association croate des sourds-aveugles, Dodir, a célébré son 10e
anniversaire
L’histoire de Dodir a commencé dans la lointaine Suède, au coeur de la vallée de Dalarna, où les rêves sont nés. Ce n’a pas été facile, ni simple, pour Dodir, en tant que voix nationale de la population sourde-aveugle de Croatie, de commencer à ouvrir la voie d’un avenir meilleur pour les sourds-aveugles. Et pourtant, les rêves sont devenus réalité !
Au cours des 10 dernières années, nous sommes passés de l’exclusion totale à l’inclusion des sourds-aveugles dans la communauté.
Rappelons
quelques réalisations importantes :
-
les sourds-aveugles ont été
reconnus comme une catégorie spéciale de personnes ayant des handicaps et
certains droits leur ont été garantis.
-
le service de soutien de Dodir a
été créé pour toutes les personnes sourdes-aveugles en Croatie.
-
une Déclaration sur l’Egalité
des Chances pour les sourds-aveugles a été adoptée
-
Dodir a organisé la première de
notre pièce Cendrillon au théâtre de la ville de Gavella, dans laquelle les
acteurs étaient sourds-aveugles.
-
Nous avons organisé le 3e
séminaire scientifique et les 5e vacances d’été européennes pour les
sourds-aveugles.
Aujourd’hui, l’association croate des sourds-aveugles, Dodir, est un symbole
émergeant de l’obscurité et du silence. Beaucoup de gens qui ont assisté à
l’anniversaire à Zagreb, et au banquet et au bal d’anniversaire, ont constaté la
notoriété qu’a acquis Dodir au cours des 10 dernières années. Environ 300
personnes ont participé à cet événement grandiose et ont festoyé ensemble avec
des ballons, des nappes et des rubans rouges et blancs, parce que le rouge est
le symbole de Dodir.
L’ouverture de la cérémonie a été marquée par l’hymne des personnes
sourdes-aveugles de Croatie, Dodir Ljubavi ( Touche d’amour) dont les paroles
ont été écrites par Aeljko Bosilj, un sourd-aveugle. L’hymen a été interprété de
3 façons – en langue des signes tactile , en langue des signes et vocalement,
par des membres sourds-aveugles du service de soutien de Dodir de Zagreb et
d’Osijek. Mme Sanja Tarczay, présidente de Dodir, a prononcé le discours
d’ouverture et le Vice Premier Ministre de Croatie et le Maire de Zagreb ont
tous les deux prononcé un discours de bienvenue pour le groupe. William Green,
Président de DbI, et Lex Grandia, Secrétaire général de la Fédération mondiale
des sourds-aveugles, amis de Dodir, ont prononcé des discours chaleureux. Les
membres de l’atelier théâtre des sourds-aveugles ont joué un acte de la pièce
Cendrillon.
Il y a eu aussi plusieurs merveilleuses surprises ! Nous avons reçu un beau
cadeau du ministère de la santé et des affaires sociales. C’était un chèque d’un
demi million de Kunas pour l’adaptation des bureaux de Dodir. Nous avons aussi
reçu une attestation de Sense International pour « réalisations extraordinaires
pour faire avancer les droits des personnes sourdes-aveugles en Croatie ». Nous
avons chanté nos remerciements, et après un autre discours de fin inspiré, le
bal a commencé. Sous une pluie de ballons rouges et blancs, Mme Sanja Tarczay et
M.Zvonimir Costar, le chef du service sanitaire et social de la ville, ont
ouvert le bal au son de la valse.
Nous avons dansé et chanté ensemble, avec tous nos supporters de toutes les
parties de la société, jusqu’à ce qu’il soit l’heure de souffler nos dix
premières bougies sur notre gâteau d’anniversaire très spécial !
Ce fut une soirée de prestige, une soirée très spéciale pour tous les
sourds-aveugles de Croatie, la soirée témoignant que les rêves peuvent se
réaliser. Et nous n’avons encore que 10 ans....
PRESENTATION
DU CESSA
Centre d’éducation spécialisé pour enfants et adolescents sourds aveugles
Par Christine TAP, directrice
Le CESSA
est situé à la périphérie de POITIERS, et accueille actuellement 29 enfants âgés
de 4 à 20 ans, en provenance de toute la France étant donné la rareté du
handicap.
Les enfants accueillis au CESSA présentent tous une double déficience
sensorielle affectant gravement l’audition et la vue et peuvent donc être :
·
sourds profonds et aveugle
·
sourds profonds et malvoyants
·
malentendants et aveugles
·
malentendants(sourds moyens à
sévères) et malvoyants
Ainsi
qu’un ou plusieurs autres handicaps associés (moteurs, intellectuels, ou de
troubles de la personnalité ou du comportement, mais aussi d’autres atteintes
sensorielles). La plupart d’entre eux nécessitent, du fait de leur maladie
génétique une surveillance médicale importante et des soins quotidiens.
Actuellement les enfants se répartissent ainsi selon l’origine de leur
handicap :
|
Etiologie |
Nombre d’enfants |
|
Rubéole congénitale |
3 |
|
Syndrome CHARGE |
8 |
|
Syndrome de REFSUM infantile |
2 |
|
Syndrome de WOLFRAM |
1 |
|
Syndrome de KID |
1 |
|
Syndrome de USHER |
4 |
|
Séquelles d’encéphalopathie et prématurité |
5 |
|
Etiologie inconnue |
5 |
Les
demandes d’admission
actuelle sont pour les 2/3 pour des jeunes en situation d’urgence, c'est-à-dire,
soit qui ne bénéficient plus d’aucun accompagnement et ceci quelques fois depuis
plusieurs années, soit qui arrivent au bout du système « standard »
d’intégration scolaire et qui ont besoin pour continuer d’un accompagnement très
individualisé utilisant des outils très spécifiques, et / ou des techniques
multiples (LSF / Braille…)
Nous voyons donc arriver des jeunes qui perdent la vue, ou qui sortent d’une
prise en charge psychiatrique, ou pour qui l’institution d’origine a baissé les
bras devant la complexité du handicap et de son accompagnement.
Depuis plusieurs années déjà, nous tentons donc de répondre présents pour ces
jeunes et leurs familles.
Nous devrons pourtant cette année surseoir à de nombreuses demandes, car le
CESSA a déjà 4 jeunes en plus de l’effectif « autorisé » par l’agrément.
Les
caractéristiques de l’accompagnement des enfants
Notre projet éducatif, pédagogique et thérapeutique consiste donc à placer
l’enfant au centre du dispositif, non pas pour réparer le handicap, mais pour
l’aider à vivre avec le mieux possible. L’accompagner vers une autonomie
d’adulte et pourquoi pas, lorsque c’est possible, vers une intégration, au moins
partielle, en milieu ordinaire. Cet accompagnement repose donc sur la recherche
d’une cohérence des actions entreprises autour de l’enfant afin de garantir la
réussite du Projet Individuel. Pour cela, les prestations sont proposées selon
les axes pédagogiques et éducatifs suivants :
·
Leur
accompagnement doit être très individualisé
·
Une évaluation régulière
des besoins de l’enfant et des attentes des parents
·
Un travail de partenariat avec
la famille autours du projet individuel
·
Une insertion en milieu
ordinaire chaque fois que c’est possible et selon des modalités accessibles pour
les enfants
Cela
suppose une collaboration étroite avec les familles autour de la construction du
projet individuel, d’où la nécessité de désigner une personne responsable de
cette gestion : le référent.
Mais il convient également d’adapter chaque outil à la déficience sensorielle de
chaque enfant, et d’évaluer très régulièrement les objectifs à atteindre, les
moyens mis en œuvre et la pédagogie utilisée.
Nos axes de travail sont les suivants :
·
au niveau éducatif
-
La découverte du monde
environnant : rendre
le monde plus accessible, donc moins effrayant pour les enfants (après mise en
place d’une sécurité affective pour le développement de la curiosité)
-
L’autonomie dans la vie
quotidienne : il
s’agit d’amener l’enfant à prendre des initiatives, savoir se débrouiller seul…
-
La socialisation :
c’est dans la rencontre avec autrui que l’enfant construit son identité, qu’il
apprend des autres grâce à l’imitation, qu’il prend la mesure des règles de vie,
qu’il se confronte aux limites mais aussi qu’il apprend à gérer ses affects, à
se projeter et à gérer le risque. Un de nos outils est donc l’intégration en
milieu ordinaire : centre aéré, écoles, restaurants, magasins, piscines,
bibliothèques, ludothèques, clubs de loisirs, rencontres avec d’autres enfants
présentant d’autres handicaps également.
·
au niveau
pédagogique :
-
Le développement des
connaissances de l’enfant,
visant toujours prioritairement les acquis utiles à son autonomie, et qui
pourront donc être renforcés dans la vie quotidienne
-
Le développement des outils de
communication :
§
LSF pour la majorité d’entre
eux, Français oral pour ceux dont les restes auditifs et les capacités le
permettent
§
Images, photos
§
Objets symboles
§
Pictogrammes visuels ou tactiles
§
Mots pictogrammés
§
Français écrit et braille
·
au niveau
Thérapeutique :
-
L’évaluation des acquis
et des troubles par des bilans et/ou des observations
-
L’évaluation d’un niveau
cognitif, et d’un potentiel affectif
-
La mise en place lorsque cela
est nécessaire et possible (accord du jeune et de sa famille) d’un soutien
thérapeutique
-
Bilans et suivis médicaux
spécialisé.
Ces différentes prestations pourraient se représenter de la façon suivante :






L’emploi
du temps des enfants est donc défini par demi-journée et se compose d’activités
qui correspondent à un besoin de l’enfant.
Les prestations proposées aux enfants sont issues de l’étroite collaboration
avec leur famille. En effet, nous avons constaté mille fois que les résultats
obtenus avec l’enfant sont bien meilleurs si sa famille est partie prenante de
l’action. Pour cela, les parents sont intégrés à de nombreuses étapes du projet
individuel de leur enfant.
Pour cela, et malgré l’éloignement géographique de nombreuses familles, nous
organisons 3 fois par an un Week-end de rencontres au cours desquels ce travail
de construction est élaboré entre famille et professionnels. Mais c’est aussi le
moyen de mettre en place des activités entre parents professionnels et enfants
qui ont pour vocation de leur montrer ce que nous faisons avec leur enfant. Ces
WE sont également l’occasion pour les familles de se rencontrer et d’échanger
entre elles.
Enfin cela permet aux enfants de concrétiser ce partenariat et de voir que papa,
maman et son référent travaillent ensemble pour qu’il réussisse.
Les recherches actuelles
Enfin, nous démarrons actuellement dans l’établissement une recherche sur le
syndrome CHARGE, visant à découvrir les liens entre « les déficiences
sensorielles multiples et de développement psycho affectif de ces enfants ».
Elle concerne 10 jeunes et sera ensuite élargie à d’autres afin de vérifier la
pertinence des premiers résultats.
Nous ne manquerons pas de vous faire connaître les résultats obtenus, mais
présenterons les premiers éléments lors de la conférence internationales DBI qui
à lieu en août prochain en Slovaquie.
Une partie de l’équipe tente également de confectionner un dictionnaire de
pictogrammes, allant du dessin au mot pictogrammé. Nous le tenons biens sur
à la disposition des équipes qui le souhaitent.
CHARGE est donc bien un
syndrome !
David Brown, Services pour sourds-aveugles de Californie
Comme je le disais dans la rubrique CHARGE du dernier numéro de DbI Review, ce fut une période passionnante et pleine de rebondissements pour quiconque s’intéresse au syndrome de CHARGE. La découverte en 2004 d’un gène cause de CHARGE a mis fin au long débat sur la question de savoir si c’est un syndrome ou seulement une association de caractères, et nous a apporté les réponses à certaines questions souvent posées à propos de CHARGE. La publication du numéro sur CHARGE de l’American Journal of Medical Genetics en mars cette année représente un autre pas en avant, cette fois dans nos tentatives pour définir si oui ou non il y a des comportements qui sont spécifiques de CHARGE , ce qu’ils signifient , et la meilleure manière de les aborder. Je vais essayer de donner un résumé de ces deux avancées le plus clairement possible.
Le
« gène de CHARGE »
L ‘été dernier, des rumeurs ont commencé à circuler sur la découverte d’un gène
de CHARGE, et elles ont été confirmées le 8 août par la publication d’un article
sur le site web de nature genetics.
1. La découverte a été faite par une équipe du Centre Médical Universitaire Nijmegen aux Pays-Bas, qui avait testé le sang de 17 enfants présentant l’association CHARGE et trouvé que 10 des enfants avaient une mutation du 17e gène du domaine chromosomique, appelé CHD7. L’étude plus détaillée de ce groupe dans un centre de diagnostic a identifié la mutation du CHD17 chez tous les enfants sauf 2.
2. Depuis lors, un plus grand nombre de personnes a été testé, soit dans le cadre d’études de recherche, soit dans un cadre privé, avec des résultats aussi convaincants. Les généticiens disent que le CHD17 n’est pas le gène de CHARGE , mais plutôt un gène important de CHARGE, le premier qui a été découvert, mais probablement seulement l’un divers gènes de CHARGE encore à identifier. En conséquence les anciens critères de diagnostic ( basé sur l’identification de la présence ou de l’absence de certaines anomalies CHARGE caractéristiques chez l’individu) s’appliquent toujours, et on peut s’en servir pour déterminer si une personne est atteinte de CHARGE, même si le sang de cette personne n’a pas encore été testé, ou même s’il a été testé et que la mutation du CHD17 n’est pas présente.
3.
Ce dernier cas
suggérerait qu’une mutation de gène différent, un « gène de CHARGE » que nous ne
savons pas encore identifier, a causé les anomalies CHARGE chez cette personne.
Un membre de l’équipe hollandaise, le Dr Conny van Ravenswaaij, a expliqué
que « certains gènes embryonnaires participent au bon développement d’organes
très sophistiqués comme le coeur, l’oeil et les canaux semi-circulaires. La
famille de gènes CHD joue un rôle très important en régulant quels gènes doivent
être utilisés et à quel moment, en particulier dans le développement
embryonnaire précoce.
4.
Cette fonction
d’organisation et de régulation des gènes du domaine chromosomique explique
pourquoi CHARGE est un syndrome touchant des organes multiples, pourquoi il peut
y avoir autant d’anomalie si tôt dans la grossesse, et pourquoi la même erreur
génétique peut produire des modèles aussi différents et des degrés de
malformation aussi divers d’une personne à l’autre. Bien qu’il y ait encore
beaucoup de choses que nous ne savons pas, certaines affirmations fermes ont été
faites à la suite de la découverte du gène :
-
si la mutation du
CHD17 est présente chez l’enfant CHARGE mais pas chez aucun des parents ( en
d’autres termes, si c’est une mutation nouvelle, ou « de novo », comme on pense
que c’est dans la plupart des cas) alors les frères et soeurs non atteints ne
peuvent pas être porteurs et n’auront pas un risque accru d’avoir un enfant
atteint du syndrome de CHARGE.
-
un couple ayant un
enfant CHARGE a un risque de récurrence de 1-2% d’avoir un autre enfant CHARGE
parce que, dans un très petit nombre de cas, la mutation du gène peut être dans
les cellules qui font les ovules et le sperme au lieu d’être dans un seul ovule
ou spermatozoïde produit par un parent ( ce qu’on appelle mosaïsme gonadique) .
Si une mutation spécifique est identifiée chez un parent alors un diagnostic
prénatal peut être fait pour voir si la mutation CHD17 est présente chez un
nouveau fœtus. Il n’y a pas de thérapie génique qui puisse empêcher les
anomalies CHARGE de se produire si la mutation génique est identifiée chez un
foetus, et aucun traitement médical qui puisse guérir la maladie après la
naissance non plus.
-
une personne
CHARGE qui a la mutation CHD17 a 50% de chances de transmettre la mutation à
tous ses enfants
-
nous n’avons
encore aucune idée de comment prédire la sévérité de CHARGE chez un foetus qui
présente la mutation CHD17 au test prénatal.
-
nous ne pouvons
pas encore faire de prédictions sur le modèle de développement et les besoins
éducationnels d’un individu CHARGE en se basant sur le fait qu’il ait ou non la
mutation CHD17.
Certains parents et professionnels m’ont déjà exprimé leur déception que la découverte du gène ne nous permette pas de « guérir » CHARGE , mais je crois qu’il n’est pas réaliste d’avoir de si grandes attentes à ce stade précoce de notre exploration de la base génétique de la maladie. Je suis sûr que nous regarderons la découverte de l’équipe hollandaise comme un événement majeur dans notre connaissance croissante du plus complexe des syndromes. En attendant, il faut continuer à chercher les bonnes questions à se poser.
Le numéro spécial CHARGE de l’American Journal of Medical Genetics
En réponse directe aux préoccupations croissantes exprimées
par les familles et les éducateurs sur les modèles de comportement des grands
enfants et des jeunes adultes CHARGE, la conférence internationale sur le
syndrome de CHARGE de 2003 à Cleveland, Ohio, comportait un symposium d’un
journée entière examinant les questions neuro-comportementales liées à la
maladie. Les intervenants ( américains, australiens, britanniques, canadiens,
hollandais, français et norvégiens) comprenaient des parents et des
professionnels du domaine de la génétique, la pédiatrie, l’audiologie,
l’éducation, la psychologie et la neuropsychologie. La diversité des styles, des
points de vue et des méthodologies était grande, et ces exposés ont posé
beaucoup de challenges et de questions. Presque 2 ans plus tard, en mars 2005,
l’American Journal of Medical Genetics a publié des articles basé sur ces
interventions, plus plusieurs autres, ce qui faisait un ensemble de 20 articles,
suffisamment pour composer l’édition entière du journal ( vol 133A numéro 3 du
15 mars 2005). Il faut féliciter l’American Journal d’avoir fait la démarche
inhabituelle de consacrer tout un numéro à un seul syndrome, et d’avoir fait
appel à tant d’auteurs n’appartenant pas au domaine de la génétique, en traitant
des grandes questions comportementales plutôt que de points médicaux restreints.
Il faut également remercier la fondation du syndrome de CHARGE qui non seulement
a rendu possible le symposium de 2003, mais a aussi mis tout le numéro CHARGE de
l’American Journal of Medical Genetics en consultation gratuite sur son site web
sur
www.chargesyndrome.org
Quiconque s’intéresse à ce sujet ( pas seulement ceux qui
s’intéressent directement au syndrome de CHARGE) consultera ce site pour de
nombreuses heures de lecture absorbante !
Références
1. Vissers L et al.(2004) : Des mutations dans un nouveau
membre de la famille de gènes du chromodomaine causent le syndrome de CHARGE
http://www.nature.conm/naturegenetics
2. Intervention du Dr Conny van Ravenswaaij, Conférence allemande sur le
syndrome de CHARGE , Cologne, 6 mai 2005.
3. Davenport SLH, Hefner M. (2004) Nous avons trouvé un gène pour CHARGE – et
maintenant??? CHARGE Accounts vol 14 n°3, automne 2004 p.8
4 van Ravenswaaij C. (2004) Un important gène de CHARGE a été trouvé
CHARGE Accounts vol 14 n°3 automne 2004 p.6
Un voyage de 2000 km commence par un seul pas...
Penny May Karnau parle des obstacles à l’éducation des
enfants sourds-aveugles en Afrique orientale, malgré les améliorations de la
politiques des gouvernements. La perception du handicap par la société et le
manque de financements pour les enfants sourds-aveugles soumettent à une
pression excessive les familles qui doivent faire des choix difficiles pour
l’avenir de leurs enfants
Les gouvernements du Kenya, de l’Ouganda et de la Tanzanie travaillent dur à
« l’éducation pour tous » et de grands pas ont été faits pour augmenter la
scolarisation ces dernières années. Dans ces trois pays, l’enseignement est
gratuit maintenant et beaucoup d’enfants qui n’avaient jamais vu l’intérieur
d’une salle de classe sont maintenant scolarisés, mais quelle est la situation
des enfants handicapés, et plus particulièrement des sourds-aveugles ?
Les ministères de l’éducation des trois pays ont reconnu que les enfants
sourds-aveugles doivent avoir leurs propres programmes scolaires et ont illustré
cela en aidant à former et à nommer des enseignants dans les divers programmes
pour sourds-aveugles. Mais malgré cela, il y a encore beaucoup d’enfants
sourds-aveugles qui, même s’ils ont été évalués et que le placement a été fait,
ne sont pas scolarisés. Pourquoi cela ?
Lorsque les parents apprennent que leur enfant est sourd-aveugle, l’acceptation
peut prendre longtemps. Certains parents n’accepteront jamais cette réalité et
il y a beaucoup d’exemples où cela aboutit à une séparation ou un divorce
lorsque l’un des parents décide de quitter la famille. Dans ces cas-là, le
parent restant doit se débrouiller seul.
Dans une société où la sorcellerie est encore une force puissante, la communauté
peut aussi être hostile et la famille est la cible d’accusations, si bien qu’ils
croient être s’accusent d’être la cause du handicap de l’enfant. Dans ces cas,
il y a peu de chances que l’enfant sorte un jour de la maison. La honte et la
peur peuvent faire que l’enfant soit caché, mais heureusement beaucoup de
parents choisissent d’accepter l’enfant et commencent à chercher des
renseignements et des conseils sur la façon de gérer la situation.
Le premier pas est souvent l’intervention médicale, qui peut être traumatisante
et aussi coûteuse. On dit souvent aux parents que « l’enfant ne sera jamais
capable de se débrouiller seul » ou « ne perdez pas de temps avec celui-là ».
D’autres dépensent beaucoup d’argent pour une opération des yeux ou du coeur, et
encore plus pour acheter des appareillages adaptatifs.
Tout cela est lourd pour les finances de la famille. Beaucoup de parents
abandonnent à ce stade, mais d’autres, au moins au Kenya et en Ouganda où cela
existe, persévèrent et se rendent dans les services d’évaluation où une
évaluation approfondie des besoins éducationnels de l’enfant est faite. En
Tanzanie, l’évaluation des enfants handicapés n’existe que dans certains centres
médicaux ou dans quelques écoles spécialisées.
Cela entraîne encore des frais. L’évaluation peut avoir lieu loin de la maison,
on leur dit quelquefois de revenir une autre fois, ce qui signifie encore des
frais de transport ; beaucoup ne reviennent jamais ! a la fin de l’évaluation,
il doit y avoir une lettre pour le placement éducatif, qui dans le cas des
enfants sourds-aveugles au Kenya peut se faire dans quatre endroits, ou dans un
seul en Tanzanie. Pour beaucoup d’enfants sourds-aveugles, leur chance d’avoir
une éducation s’arrête ici.
Au contraire des enfants sans handicap, les enfants sourds-aveugles ne peuvent
pas aller à l’école locale. Les services pour sourds-aveugles peuvent se trouver
à 50 km ; 250 km ou même plus loin, et s’il n’y a pas d’aide financière, soit
par manque total d’argent, soit à cause d’attitudes négatives de la famille,
l’enfant n’ira jamais à l’école.
Prenons le cas de Rose. Rose a 9 ans et habite avec son père à Embakasi, dans la
banlieue de Nairobi au Kenya. Sa mère est restée à la campagne. Rose est
sourde-aveugle et a des handicaps associés, ce qui signifie qu’elle a besoin
d’aide pour beaucoup de choses y compris pour manger, s’habiller et aller aux
toilettes, mais malgré cela elle a la capacité d’apprendre si on lui en donne la
chance.
Rose a été évaluée et il a été recommandé qu’elle suive un programme pour
enfants sourds-aveugles. Les possibilités sont l’unité de Kilimani, un programme
en externat à Nairobi, ou l’école de Kabarnet pour sourds-aveugles, qui est un
internat dans la province de Rift Valley. POur pouvoir aller à Kilimani, Rose a
besoin que quelqu’un l’emmène à l’école et vienne la chercher tous les jours, et
d’argent pour le transport, ce qui représente environ 100 ksh par jour. La
plupart du temps, cet argent fait défaut. Pour pouvoir aller à Kabarnet, Rose
aurait besoin d’une liste de fournitures, y compris des effets personnels tels
que savon, huile, vêtements, et aussi de l’argent pour le transport.
La famille ne peut pas faire face, aussi Rose est-elle gardée à la maison sans
programme qui pourrait lui permettre d’acquérir les compétences pour devenir
plus autonome. Rose n’est qu’une des nombreux enfants handicapés qui, à cause de
la pauvreté, ne peuvent pas avoir accès à l’école. D’autres parents choisissent
de ne pas envoyer leurs enfants handicapés à l’école à cause du manque
d’information et des attitudes culturelles négatives envers le handicap.
S’il y avait plus d’information pour tous pour accroître la connaissance du
handicap, ainsi que des services de conseil étendus pour certains parents
d’enfants handicapés ; les parents pourraient alors voir leur enfant de manière
plus positive et apprécier la valeur de l’évaluation médicale et du placement
éducatif.
Un seul pas...
En Tanzanie, le gouvernement a réservé des fonds pour couvrir les frais de
transport des enfants handicapés qui fréquentent des écoles en dehors de leur
localité. C’est un grand pas dans la bonne direction et nous aimerions que cela
se fasse aussi au Kenya et en Ouganda. Les parents ne devraient pas avoir à
supporter des frais supplémentaires juste parce qu’il se trouve qu’ils ont un
enfant handicapé.
Contact : Penny May-Karnau
Email:
shiapmk@wananchi.com
Un cinéaste remporte le prix international Helen Keller !
Graeme Thomson nous raconte cette nouvelle belle
manifestation ...
Au coeur du 6e prix international Helen Keller il y avait un esprit
de contact et de communication, illustré par la qualité et la diversité des
oeuvres exposées à La Collins Gallery en janvier et février. Pour la première
fois en 16 ans d’histoire avec Sense Scotland, un court métrage a été choisi
comme vainqueur. « The lost reels » (Les bobines perdues), film en super 8 de
l’artiste gallois Matthew Humphrey, parle de son père, qui est sourd et est
récemment devenu aveugle.
Depuis la réunion du jury au début des 5 semaines de l’exposition, jusqu’à la
cérémonie de remise des prix le 31 janvier, le prix international Helen Keller a
attiré beaucoup d’intérêt de la part du public et de la presse. Les juges
étaient Monica Callaghan de l’Hunterian Museum, l’artiste Kenny Hunter, Pauline
McLean de la BBC, Alex Robertson du Musée des Transports et Kirsty White de la
Mairie de Glasgow. Sur plus de 220 oeuvres présentées, il fut décidé d’augmenter
la liste des sélectionnées à 9, pour refléter la qualité des oeuvres.
La plupart des artistes sélectionnés ont pu assister à la cérémonie de remise
des prix. Un des moments les plus intéressants fut lorsque chacun fit une
présentation de son oeuvre, avant que le vainqueur soit annoncé. Ils furent
précédés par le vice principal de l’université de Strathclyde , à qui appartient
la Collins Gallery ; le professeur James Love a déclaré qu’ils étaient tellement
impressionnés par la qualité des oeuvres exposées que l’université en avait
acheté une.
A propos de son oeuvre qui est « juste une petite partie d’un grand ensemble »,
Diana Fox-Flyn, dont le fils Aidan est un artiste de Sense Ecosse, a expliqué :
« Je ne suis pas sûre que ce que j’ai fait soit de l’art, mais je me plais à y
penser comme à mon Tracey Emin... c’est une déclaration. Avec ce travail, mon
objectif est de montrer que même avec la meilleure volonté du monde et d’énormes
efforts pour surmonter les handicaps, l’attitude des autres va mener dans une
impasse et faire échouer . »
Grace Newman, dont l’installation de parties de mannequin au bout de cannes
rouges et blanches était l’une des nombreuses oeuvres qui faisaient référence
aux mains et au toucher, a parlé de la façon dont elle a développé l’idée :
« J’étais intriguée par le thème de la surdicécité. Je n’y connaissais rien et
j’avais envie d’en savoir plus. J’ai créé mes sculptures en jouant sur les
matériaux, et la plupart de mes matériaux sont médicaux ou cliniques d’une
manière ou d’une autre. Je voulais donner une image positive de la surdicécité
et j’ai imaginé un groupe de gens qui bavardaient joyeusement »
L’artiste de Sense Ecosse, Lewis Scott, a présenté, par la voix d’une de ses
accompagnatrices, Heather, un court métrage sur l’atelier de sculpture en Suède
où il a créé l’oeuvre qu’il présentait « Wee man » ( le petit homme) :
« c’est l’attitude positive et l’engagement de tous les participants qui a rendu
cette expérience fantastique . Lewis a passé un moment formidable en Suède. Sa
capacité de travailler avec une variété de médias ne cesse d’émerveiller et ses
talents artistiques se sont encore une fois révélés »
Gavin Wilson, un autre artiste de Sense Ecosse , est venu de la côte est de l’Ecosse,
avec son accompa